Point (de vue) sur la crise ivorienne

Jeune franco-ivoirienne et non partisane, j'enquête afin de mieux comprendre l'actuel conflit en Côte d'Ivoire. C'est donc une vision objective du conflit que je vous propose là.

12 février 2011

Rien ne se perd, rien n'est secret, (presque) tout se sait !

La célèbre maxime de Lavoisier (légèrement modifiée) s'invite dans mon propos du jour !

Ce n'est pas un secret que ce deuxième tour des élections présidentielles s'est caractérisé par une fraude massive, dans les deux camps. Cependant la question principale est de savoir si la fraude était de nature à modifier le résultat du scrutin. Le camp Gbagbo affirme que c'est le cas, lorsque M. Choi, Représentant Spécial du Secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire, estime que les irrégularités n'étaient pas de nature à modifier le scrutin et que M. Ouattara est donc bien le président élu.

Les deux camps avaient trouvé un consensus sur l'ensemble des résultats sauf pour sept départements. Revenons alors sur les résultats dans les régions concernées: Savanes, Vallée du Bandama, Worodougou. Les régions annulées correspondent à 13% du scrutin (national + diaspora).

Analyse_R_sultats_Elections_2010

Analyse_R_sultats_Elections_2010

Quelles étaient les chances pour Laurent Gbagbo de remporter ce scrutin ? Pour obtenir un minimum de 51% des voix et donc remporter les élections:

  • Laurent Gbagbo (Gbagbo) aurait dû remporter 233 957 voix additionnelles. Mais aurait-il pu les obtenir dans les départements du Nord ?

  • ou bien Alassane Ouattara (ADO) n'aurait pas remporté les voix en question.

Les paris sont ouverts:

  • Il aurait fallu que Laurent Gbagbo remporte le scrutin dans la zone Nord.
  • Par ailleurs, dès le premier tour, Alassane Ouattara remporte 75.9% des voix dans les 7 départements annulés. Pour A. Ouattara, la question se pose en d'autres termes, y a-t-il réalisé 233 957 voix lors de ce second tour ou bien les bourrages d'urnes dénoncés par le camp Gbagbo l'y ont aidé ?

Gbagbo perdant dans la zone Nord

Sans conteste, Gbagbo est perdant dans la zone Nord. Il aurait fallu qu'il y réalise un score de 39.19% répartis entre les 7 départements du Nord, annulés par le Conseil Constitutionnel. Sachant que ce-dernier y a réalisé 7.6% des voix au premier tour et que potentiellement la totalité du report des voix obtenues par Henri Konan Bédié (HKB) dans cette zone ne portait que sur 16.5% des voix, la réponse est bien évidemment non. Le Nord est indéniablement le fief de Alassane Ouattara et ce-dernier ne pouvait qu'y gagner.

ADO gagnant véritable ou fictif ?

Au-delà des violences et intimidations causées sur les populations, ce sont les voix fictives qui auraient permis d'ériger M. Ouattara comme vainqueur de ce second tour des élections. La fraude s'apprécie à deux niveaux.

Tout d'abord, le bourrage des urnes est une pratique courante dans les élections mais dans le cas de Alassane Ouattara, elle aurait porté sur un total d'au moins 233 957 voix. Les observateurs qui ont mentionné les bourrages d'urnes ne l'ont cependant pas chiffré. 

Mais pour beaucoup, le bourrage des urnes se vérifierait dans le taux de participation, finalement plus élevé que celui initialement annoncé de 70%. Le faible niveau de participation indiqué par tous dès le lendemain des élections ne s'est pas vérifié dans les zones Nord, mais aussi dans d'autres régions. La CEI est ainsi accusée d'avoir avalisé des résultats comportant près de 11% de voix fictives soit un total de 504 924 voix (=4 590 219*11%), en référence au taux de 70% initialement annoncé (vs. 81% au final), ce qui aurait largement donné la victoire au candidat Ouattara. En effet, nous avons vu précédemment que c'est à 233 957 voix que se sont jouées ces élections.

Au final, on constate que sur les 7 départements litigieux, au-delà des simples modifications des choix de vote qui semblent avoir été un élément marginal dans cette élection, le report des voix de HKB, soit 16.5%, se serait réparti entre +23.3% pour Alassane Ouattara et +1.9% pour Laurent Gbagbo, soit un total de 25.2% pour les deux candidats confondus. Ainsi, dans l'hypothèse où le taux de participation serait effectivement en baisse, on peut s'interroger sur le différentiel de 8.7% (25.2%-16.5%).   

Une équation difficile à résoudre

C'est en raison de toutes ces irrégularités qui portent sur ce deuxième tour du scrutin que le doute est permis, une fois de plus. Finalement les solutions militaires ont été abandonnées au profit de la médiation. L'Union Africaine entreprend d'ailleurs en ce moment une énième médiation mais sur fondement d'un Alassane Ouattara vainqueur. C'est donc face à une équation à x inconnues qu'est mis le peuple ivoirien.

Mais qu'est devenu le Comité International d'évaluation initialement annoncé qui aurait permis de répondre à toutes ces questions? Saurons-nous un jour qui est le vainqueur de cette élection ?

Wait and See.

--MD


Commentaires

    Analyse consciencieuse

    J'aime bien vos analyses on sent qu'il y a beaucoup d'implication et d'impartialité merci et vive la Côte d'Ivoire

    Posté par CentineL, 20 février 2011 à 10:06
  • L'analyse des émissaires de l'UA ira t-elle dans le même sens ?

    Bonjour Centinel,

    Je vois que vous avez apprécié l'analyse. Les émissaires de l'UA sont sensés se prononcer sur la suite, attendons donc de voir ce qu'il en ressort de leur analyse qui elle sera déterminante.

    A très bientôt,

    MensDia

    Posté par MensDia, 20 février 2011 à 20:18

Poster un commentaire