Point (de vue) sur la crise ivorienne

Jeune franco-ivoirienne et non partisane, j'enquête afin de mieux comprendre l'actuel conflit en Côte d'Ivoire. C'est donc une vision objective du conflit que je vous propose là.

21 février 2011

Près de 80% du système bancaire en arrêt en Côte d'Ivoire: Statut KO ?

De la crise politique...

L'absence d'un chapitre ivoirien dans les médias étrangers semble indiquer un statu quo. En réalité, le blocage politique ne fait qu'aggraver la situation générale du pays tant sur le plan économique que social.

Des propositions sont attendues pour le 28 février prochain. Selon le carnet de route élaboré par l'Union Africaine, le panel de chef d'états composé de Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Idriss Déby (Tchad) et Jakaya Kikwete (Tanzanie) devra formuler des propositions contraignantes et donc obligatoirement applicables aux deux parties, les camps ADO et Gbagbo pour rappel. Le président burkinabé, Blaise Compaoré, dont la participation à ce comité a fait débat en raison de ses accointances avec Alassane Ouattara, ne fera finalement pas partie du panel.

...A la crise économique/sociale

Sur les marchés, on assiste à la flambée des prix des denrées de première nécessité comme l'huile et le riz. Et la vie devient chère pour les ivoiriens. Le spectre de l'inflation ressurgit.

Par ailleurs, diverses sanctions sont appliquées, notamment le boycott du cacao ivoirien, récemment dénoncé par les producteurs ivoiriens. Plus généralement, ce sont les exportations en provenance de Côte d'Ivoire qui sont boycottées par les pays de l'Union Européenne puisque l'UE a demandé aux navires européens de ne plus collaborer avec les ports d'Abidjan et de San Pedro.

Force est de constater que la stratégie d'étranglement économique fait ses preuves... Cela va t-il suffire à révolter la population ivoirienne? Ce n'est pas si sûr. Au-delà de l'appauvrissement que subit la population ivoirienne, il faut rappeler que contrairement à la Tunisie et à l'Egypte où tout le peuple s'est uni contre un seul homme, le peuple ivoirien est divisé entre deux hommes voire neutre, aujourd'hui.

Un système bancaire en pleine hécatombe

L'événement marquant de ces dernières semaines est la suspension des activités de BICICI (BNP Côte d'Ivoire) qui annonçait le 14 Février dernier "Chers clients, Nous sommes au regret de devoir vous informer que la BICICI suspend provisoirement ses activités à partir de ce jour 14  février [...]". De même pour la filiale ivoirienne de Citibank et de la banque nigériane Access Bank.

Quelques jours plus tard, c'est la SGBCI (Société Générale Côte d'Ivoire) qui annonçait la fermeture de ses agences à compter du 17 Février. Aujourd'hui, 11 banques sur les 18 opérant en Côte d'Ivoire ont choisi de suspendre leurs activités. La SGBCI par exemple, a publié le communiqué suivant sur son site internet "[...], nous sommes confrontés d’une part, à l’impossibilité de faire fonctionner quasi normalement les échanges de compensation entre banques et d’autre part, à l’impossibilité à cours terme d’assurer l’approvisionnement de nos caisses en monnaies fiduciaires."

Quel est le poids de ces onze banques dans le système bancaire ivoirien ? Au 31 décembre 2008, le rapport annuel de la Commission Bancaire de l'UMOA enregistrait un encours total du bilan de 2,811.7 Mds de Fcfa (soit 4.3Mds €) pour la totalité des banques opérant en Côte d'Ivoire ; ces onze banques réalisent près de 80% de ce total. Parmi elles, on retrouve les trois plus grandes banques du pays - en termes de montant total du bilan, à savoir SGBCI, BICICI et BACI (cf. tableau ci-dessous pour les détails). On réalise ainsi l'importance de leur rôle dans l'économie ivoirienne. Ces banques sont françaises, pour les premières, nigérianes, panafricaines ou bien détenues par des capitaux privés ivoiriens.

Le_systeme_bancaire_ivoirien

Le_systeme_bancaire_ivoirien

En revanche, les autres banques, représentant seulement 21.4% du bilan total des banques et pour la plupart majoritairement détenues par l'état, continuent d'opérer mais cela est-il suffisant pour soutenir l'économie ivoirienne ? Avec la SIB et UBA qui viennent également de suspendre leurs activités, il faut s'attendre à ce que l'hécatombe se poursuive, un système bancaire reposant essentiellement sur la fidus entre les différents acteurs.

En attendant "les lendemains qui chantent"...

On peut espérer que les propositions qui seront formulées par les émissaires de l'Union Africaine seront neutres et d'essence véritable pour une sortie de crise. Après...seront-elles effectivement appliquées ? C'est sur un chemin sinueux qu'évolue le pays, dans cette attente.  Pour pallier aux différentes sanctions, le gouvernement Gbagbo recherche de nouveaux débouchés pour les exportations ivoiriennes, notamment vers la Chine. Cependant, l'économie et le système bancaire ivoiriens demeurent fragilisés et le chaos semble total. Que restera t-il de la Côte d'Ivoire après cette crise ?

Si la situation du moment est particulièrement critique, la Côte d'Ivoire pourra compter sur ses nombreuses ressources (pétrole, gaz, diamant, or) pour sortir de la crise, une fois qu'une solution politique sera trouvée. Par ailleurs, elle devra consolider son rang de premier exportateur mondial de cacao.

--MD

Posté par MensDia à 16:45 - Réflexion - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    .......

    Pauvre Côte d'ivoire... Pourvu que la situation trouve une issue rapide. Encore une fois merci pour vos analyses... God Bless & Protect Ivory Coast

    Posté par CenTineL, 01 mars 2011 à 09:11

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